Vivre dans une déception continue en espérant du mieux - Par Rushan Xhaferi
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Je me suis fait vacciner et je suis contre le passeport vaccinal. Je vote et pourtant je suis contre les élections dans la forme actuelle. Je suis prof et je suis contre cette école qui hiérarchise.
Quel est le lien entre les trois? Le lien de toute une vie. Je commence par cette dernière. Le système scolaire en place ne promet rien de bon. Aller à l’école pour trouver un travail, voire un bon travail, c’est le rêve de parents qui ont galéré pour leur progéniture dans l’espoir que cette dernière ne souffre pas comme leurs géniteurs. Or, l’école ne donne pas cela. Elle sert à garder les hiérarchies sociales dans l’état actuel des choses. Les riches ont dans des écoles d’élites. La classe moyenne se trompe en mettant ses enfants dans des écoles privées présumées aussi bonnes que les premières. Finalement, les pauvres doivent se contenter du système public qui ne peut rien leur offrir que de la souffrance et du découragement pour une assez grande partie.
Une fois adulte, on croit que les élections vont nous donner des politiciens qui vont travailler pour notre bien. Deuxième déception profonde. Quand on a voté deux ou trois fois et que les choses ne changent pas, on réalise que l’on s’est fait tromper une fois de plus. Malgré tout, on espère qu’un Sauveur nous sortira de cette galère, sans trop y croire, mais en y croyant quand même. Une contradiction sans fin.
Parlant de contradiction, on revient à la vaccination. Cette inoculation qui dit si bien son nom. Me v’la vacciné! Je ne sais pas si mon geste est un signe de courage ou de faiblesse. Je dis faiblesse, car je ne peux dire trahison de mes convictions profondes quant à cette situation ni queue ni tête ou on ne sait pas où on va et ce qui va venir. L’obscurité totale quoi!... dans un monde hors de contrôle pour les 99% de la population mondiale.
Assis dans une chaise bon marché dans une salle immense avec des cubicules qui font rappeler le manque de personnalisation humaine, une gentille infirmière toute douce et tout miel me rassura, peut-être qu’elle me rappela ma mère, infirmière jadis qui faisait les vaccins à de petits bébés. L’enfant passé en moi se sentit en sécurité, mais en contradiction sachant que je ne mettais en danger personne que je sois vacciné ou pas. Sous hypnose, assis le bras tendu, la douceur de la piqure ne me procura aucun plaisir.
Certes, « le devoir de citoyen » obéissant au pouvoir malicieux me laissa un gout amer. Pensant à la sérénité de ma mère sachant que finalement j’étais « protégé » j’ai continué mon chemin dans une attente de 15 minutes, procédure oblige, vers une aire déserte attendant le temps passer. Ça y est maman, je suis vacciné. Enfin presque. Si tu as besoin de moi, il va falloir attendre, car ma deuxième dose prendra quelques semaines.
Une fois dehors, la honte s’effaça par l’amour filial, j’ai oublié tout cela en continuant ma journée remplie de préoccupations quotidiennes d’une vie assez normale, voire banale. Courses, essence, promenade avec le chien. La journée passa comme d’habitude.
Comment vivre par la suite si les convictions profondes se font terrasser sous la pression ambiante entre la volonté de vivre une vie dans la liberté du capitalisme et la possibilité de planifier un avenir rempli d’incertitudes? On fait avec l'espoir de pas s’être trompé.
Amis vaccinés « Me voilà! » Amis non vaccinés, s’il en reste, « Désolé ! » Ce n’est pas parce que nous sommes dans les rangs de la majorité que nous avons raison.
Pensant à des voyages à Cuba plein de soleil en hiver et au pays natal, le quotidien devient moins compliqué. À moi les voyages, les restos et le gym qui maigrit presque. Enfin, j’espère. Diable! Un gout amer persiste encore. C’est certainement la cigarette.
©Rushan Xhaferi












