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Trump-Biden, sept points et sept semaines

Nga: Michel C. Auger

Le président Donald Trump n’arrive toujours pas à réduire l’écart qui le sépare de son adversaire démocrate Joe Biden.

Il reste sept semaines avant le jour des élections aux États-Unis et les sondages montrent Joe Biden en avance de sept points dans les sondages. Pour le président Donald Trump, c’est une bonne et une mauvaise nouvelle.

La bonne, c’est qu’il lui reste du temps et le temps est la seule chose qu’on ne peut acheter dans une campagne électorale. Il faudrait que la campagne Trump gagne un point par semaine : c’est difficile, mais c’est faisable.

La mauvaise, c’est qu’après sa convention républicaine et les deux premières semaines de campagne proprement dite, M. Trump se retrouve exactement au même endroit : sept points derrière Joe Biden.

En fait, ces deux premières semaines de campagne ont été gaspillées par la campagne Trump et du temps très précieux a ainsi été perdu.

D’une part, M. Trump n’a toujours pas trouvé un message porteur puisque ses discours sur le thème de la loi et de l'ordre n'ont pas fait bouger l’aiguille. Pire, les sondages indiquent que plus d’Américains croient que Joe Biden ferait mieux que lui sur cette question.

Le message de la loi et de l’ordre devait faire changer la conversation, qu’on arrête de parler de sa gestion de la crise sanitaire. En fait, on n’arrête d’en parler que lorsqu’une autre tuile afflige la campagne Trump. Comme cet article de The Atlantic qui affirmait que le président a qualifié des soldats américains morts pendant la Première Guerre mondiale, de perdants et d’imbéciles.

Quant à la COVID-19, le livre de Bob Woodward, qui est publié aujourd’hui, est dévastateur. Le président avait été informé de la gravité de la maladie dès janvier, et il soutient n’avoir rien fait pour ne pas créer de panique.

Tout cela n’est pas pour dire que la campagne de Joe Biden n’a pas ses ennuis. Le candidat démocrate est presque invisible depuis trois semaines, son message est flou. Tellement que le sénateur Bernie Sanders vient de l’avertir de commencer à parler des questions économiques et qui touchent la classe moyenne, qu’il a pratiquement ignorées jusqu’ici, une première lézarde dans l’unité chèrement obtenue du Parti démocrate.

De même, M. Biden semble réagir à ce que dit la campagne Trump plutôt que de tenter de dicter lui-même les sujets de conversation. Il est allé au Wisconsin — sa première sortie hors du fuseau horaire de l’Est! — le lendemain du passage de Donald Trump. Il n’a commenté la situation des feux de forêt sur la côte ouest qu’une fois que Trump l’a fait. On peut citer d’autres exemples.

L’avance de sept points dans les sondages nationaux pour Biden est stable, mais fragile. Elle est plus faible que cela dans les six États traditionnellement démocrates, mais qui ont voté Trump en 2016 et qui détermineront cette élection.

Trump est dans la marge d’erreur dans des États importants comme la Floride ou la Caroline du Nord.

Il faut aussi dire que l’avance de Trump dans certains États où il mène et dont il a absolument besoin pour gagner est tout aussi fragile, le camp Biden étant compétitif dans les États traditionnellement républicains de l’Ohio et même de la Georgie.

L’environnement, un point faible de Trump

En plus d’une position favorable dans les sondages, Joe Biden a deux avantages imprévus à ce moment-ci. D’abord, il se retrouve avec plus d’argent en caisse que son adversaire qui avait pourtant une large avance de ce côté. La campagne Trump a mal géré les fonds et il y a eu du gaspillage, ce qui fait que M. Trump doit continuer de lever des fonds au lieu de se concentrer sur la campagne.

Une anecdote est particulièrement savoureuse: la campagne Trump a dépensé plus de 11 millions de dollars pour acheter, à la dernière minute, une publicité à la retransmission du Super Bowl en février, juste parce qu’il avait appris que l’ancien maire de New York, Michael Bloomberg — qu’il déteste — allait en avoir une.

Enfin, Donald Trump doit vivre avec ses positions passées, même si elles sonnent faux dans le contexte actuel. Ainsi, lundi, M. Trump s’est retrouvé en Californie, où il a attribué les gigantesques feux de forêt à une mauvaise gestion de l’enlèvement des feuilles mortes.

Alors que les gouverneurs démocrates de la Californie et de l’Oregon les voient comme une conséquence des changements climatiques, auxquels M. Trump dit ne pas croire. Mais les deux tiers des Américains croient que leur gouvernement n’en fait pas assez pour lutter contre les changements climatiques.

Après deux semaines de campagne, c’est donc toujours avantage Biden. Mais ce n’est certainement pas une avance confortable.

©ici.radio-canada.ca